En janvier 2026, nous vous présentons Sarah Trévillard, issue de la formation continue (promotion 2024-2025) et aujourd’hui directrice de production et productrice exécutive. En 2026, elle va notamment démarrer une collaboration avec ICONEM pour le développement en interne d’œuvres hybrides, basées sur la numérisation de sites patrimoniaux du monde entier.
Pourquoi avoir choisi le master MOC de l’université Paris Dauphine PSL ?
Reprendre les études à la quarantaine, c’était d’abord l’envie de m’enrichir intellectuellement, de me mettre à la page des dernières évolutions culturelles, de faire des rencontres et d’élargir mes compétences professionnelles. Je cherchais également une formation continue compatible avec mon travail intermittent, et qui me permettrait – éventuellement – de postuler à des postes dans des institutions publiques. Et puis, on ne va pas se mentir : en tant que femme, malgré un précédent master en management et de nombreuses reconnaissances professionnelles, ce diplôme vient aussi combler un besoin de légitimité… pour oser prétendre à de nouvelles responsabilités.
Où en étiez-vous dans votre parcours professionnel au moment de postuler ?
J’ai plus de 20 ans d’expérience en production audiovisuelle et spectacle vivant, dans différentes sociétés de production : des documentaires à Article Z (2004 à 2009), des webdocumentaires et oeuvres multimédia à Honkytonk Films (2009 à 2015), un spectacle intitulé Live Magazine où des journalistes montent sur scène pour des récits du réel (2014 à 2020, 2024 à 2025), et des podcasts documentaires et fictions à wave.audio (2021 à 2023). J’ai toujours travaillé avec des profils très créatifs, des gens qui imaginent des contenus, des entreprises, des mises en scènes, des formats. C’était très stimulant de les accompagner sur des côtés business, dans un environnement d’innovation permanente. À partir de fin 2023, dans l’optique de reprendre des études, j’ai ralenti mes engagements pour un rythme intermittent “par mission” auprès de plusieurs structures, pour m’ouvrir à de nouveaux horizons.
Était-ce dans l’optique d’une évolution professionnelle, de carrière, d’un nouveau projet ?
L’idée était de mettre de nouvelles cordes à mon arc, de renouveler mes réseaux et contacts, d’envisager des périmètres et débouchés où je n’osais pas m’aventurer… bref, de m’ouvrir à de nouveaux champs professionnels. Je n’ai pas d’objectif précis de carrière, d’emploi ou de projet pour les 20 prochaines années. J’aimerai continuer dans la production d’œuvres artistiques auxquelles je crois, leur permettre de voir le jour en bonne intelligence avec leurs auteurices, si possible dans de bonnes conditions (financières, managériales, techniques,…) et accessibles au plus grand nombre.
Quels sont les impacts concrets au terme de la formation (méthodes de travail, acquis professionnels, …) ?
J’ai adoré travailler en équipe sur les cas pratiques de projets à réaliser. Cela m’a remis dans une énergie collective, où chacun doit trouver sa place, avec une culture du compromis, mais aussi une émulation et des prises de risque pour arriver au meilleur résultat. Le côté formation continue fait qu’on a tou.te.s de nombreux réflexes ou connaissances professionnelles à se partager, c’était aussi enrichissant que les cours magistraux. Cette formation m’a également permis d’appréhender différentes IA pour la première fois, pour résumer des documents trop denses ou produire des illustrations. Son usage s’est énormément démocratisé au cours de l’année scolaire 2024-25 et j’ai l’impression que la formation était déjà en retard pour nous aider à l’inclure dans des usages pro. J’ai aimé approfondir des matières que je connaissais déjà. De nombreux intervenants (en exercice et/ou à des hauts postes dans la culture) étaient passionnants et partageaient souvent les coulisses de leur métier.
Décrivez-nous brièvement le poste que vous occupez actuellement ?
En 2026, en parallèle de missions ponctuelles en production (comme la cérémonie de clôture du Fipadoc fin janvier avec David Castello-Lopes et le Live Magazine), je vais démarrer une collaboration très enthousiasmante avec la société ICONEM (dont Dauphine PSL est partenaire, même si ce n’est pas du tout par ce biais qu’ils sont venus me chercher) : le développement en interne d’œuvres hybrides, basées sur la numérisation de sites patrimoniaux du monde entier. Les possibilités éditoriales, artistiques et techniques sont multiples et permettent d’envisager des œuvres immersives pour différents publics, propos, formats… tout ce que j’aime !
Quelles sont les particularités de votre secteur d’activité ?
Si je dois identifier un fil conducteur dans mes activités professionnelles, c’est d’avoir travaillé avec des journalistes, où la rigueur éditoriale est complémentaire de la forme artistique. Et où les modèles économiques sont en perpétuels changements, notamment avec le numérique. En production, il faut sans cesse se renouveler pour réunir les financements, les partenaires, les débouchés. Les contraintes financières peuvent être “challengeantes” mais parfois usantes. De même, les évolutions technologiques sont un terrain à la fois stimulant et frustrant… surtout à l’heure des IA.
Pourriez-vous donner 3 compétences nécessaires pour exercer votre métier ?
Je dirai rigueur, réactivité et souplesse… ah non ce sont des qualités ! Il faut des compétences en relations humaines / coordination, en gestion administrative et financière, et avoir des connaissances juridiques, techniques et artistiques. Et aussi être sensible aux oeuvres qu’on produit : on m’a souvent dit que j’avais du goût, je pige tout de suite ce qui se joue, je sais décliner un brief au service d’une vision, j’aime fédérer les énergies, réunir des moyens (techniques, logistiques, humains, graphiques, etc ) au service de quelque chose de beau, qui fait sens, qui touche un public. C’est ça la culture.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans le secteur de la Culture ?
Par intérêt intellectuel. C’est une vraie stimulation quotidienne de côtoyer des auteurices et artistes dont on admire l’engagement, les œuvres ou les performances. Et de savoir mettre des moyens pour leur permettre d’être au plein emploi d’eux même, de leur créativité, de leur imaginaire.
Quel est votre regard sur le management dans la culture (évolution, impacts,…) ?
Je pense que le management doit être en constante (r)évolution, comme le sont les rapports humains. Le fonctionnement patriarcal de la société est en déclin, les enjeux de harcèlement sont mieux pris en compte, tout comme le bien-être au travail et le droit à la pause numérique. Les jeunes générations nous donnent souvent l’exemple sur le fait de poser des limites au temps de travail, et de préserver sa vie personnelle. Le côté “métiers passion” dans les arts et la culture ne doit pas faire oublier les règles de base du droit du travail ou se former en management pour gérer correctement des équipes (sur des questions RH, poser les bons outils et process collaboratifs, ou faire appel à des ressources externes en cas de dysfonctionnement).
Est-ce que les notions de réseau, coopération et de mutualisation font sens dans la Culture ?
Bien sûr ! Même si elles sont fortement en péril avec le déclin des services publics. On voit d’ailleurs comment cela repose parfois beaucoup (trop) sur des bénévoles, des associations, des tiers-lieux… bref, on aimerait que la culture soit gratuite et repose sur la bonne volonté des citoyens, avec toujours moins de financements pérennes, ça n’est pas réaliste ! Si on veut que la culture puisse continuer d’être vecteur de lien social, accessible au plus grand nombre et porteuse d’émancipation, il faut du réseau, de la coopération, de la mutualisation… mais aussi des moyens financiers et des ressources professionnelles, pour faire les choses correctement. Inventer de nouveaux modèles économiques pérennes, c’est difficile mais pas impossible. Je pense au Live Magazine dont j’ai accompagné la création et qui a désormais 12 ETP, sans subvention.
Selon vous, quels sont les enjeux importants du secteur ?
Comme toujours, l’argent est le nerf de la guerre. Le désengagement financier de certaines institutions publiques (région, département, ministère…) dans la culture, impacte de manière très concrète de nombreux employé.es et bénévoles, à commencer par les milieux associatifs. Cela va aussi avoir des répercussions sociales et sociétales de plus en plus visibles. À l’inverse, quand des financements sont maintenus, mais que les décisionnaires mettent leur nez dans la programmation, alors c’est toute l’exception culturelle française qui vacille : ce modèle assez unique, où ceux qui financent avec de l’argent public ne peuvent pas être tout seul à sélectionner, fabriquer ou diffuser, pour s’assurer d’une pluralité artistique et éditoriale. Sinon tout fonctionnerait de façon privée et commerciale, à l’anglo-saxonne : uniformisation esthétique et narrative, impératif d’audience et de résultat financier, mécénat entre optimisation fiscale et support de communication… modèles dont plusieurs secteurs artistiques et culturels dépendent déjà de plus en plus, pour le meilleur et pour le pire. La culture est politique et le résultat des prochaines élections va être lourd de conséquence pour tout le secteur.
Pourriez-vous donner des recommandations pour les personnes qui suivent le MOC (expériences du master, points de vigilance,…) ?
S’emparer de la question du mémoire assez tôt pour nourrir le sujet et vos recherches tout au long du cursus… de sorte d’avoir un temps de réflexion plus long. Et de le penser également comme une carte de visite pour la suite de votre parcours professionnel : le sujet de votre mémoire vous permet de solliciter des personnes avec qui vous aimeriez possiblement travailler plus tard (et commencer à vous constituer un réseau ou être identifié.e comme une personne ressource / experte sur votre sujet). Ce master est en soi un réseau de contacts, que ce soit via les élèves, les professeurs, les intervenants, l’association Dauphine Culture… Il faut vraiment profiter de ces nombreuses rencontres comme des opportunités, car l’année passe vite et elles ne se représenteront pas de sitôt.