En novembre 2025, nous vous présentons Paul Lalloz, issu de la formation continue (promotion 2024-2025) et aujourd’hui directeur délégué de l’Institut français de Madrid. Après plus de 20 ans d’expériences professionnelles dans le secteur culturel et linguistique en France et à l’étranger, le Master Management des Organisations Culturelles lui a notamment permis de prendre de la hauteur sur sa situation professionnelle.
Pourquoi avoir choisi le master MOC de l’université Paris Dauphine PSL ?
J’ai choisi ce master pour trois raisons :
- Le renforcement et l’acquisition de nouvelles compétences en management,
- La réputation de l’université et son réseau d’alumni,
- La proximité de l’université de mon lieu de vie et de travail
Où en étiez-vous dans votre parcours professionnel au moment de postuler ?
Après plus de 20 ans d’expériences professionnelles dans le secteur culturel et linguistique en France et à l’étranger, j’ai occupé les fonctions de Chef de projet au sein de l’Institut français Paris. Mon travail a consisté à accompagner les établissements culturels français à l’étranger dans leur développement par une démarche qualité. Au moment de postuler au master, j’ai senti le besoin de prendre de la hauteur sur ma situation professionnelle.
Était-ce dans l’optique d’une évolution professionnelle, de carrière, d’un nouveau projet ?
À la sortie de la crise sanitaire, j’ai souhaité donner davantage de sens à ma vie professionnelle. J’ai alors suivi des cours de gestion de potager urbain, de jardins partagés et de reconnaissance des végétaux. Ce retour au vivant m’a beaucoup aidé à orienter mon avenir personnel et professionnel. Diriger un établissement culturel dans une période en transition est alors devenu une évidence.
Quels sont les impacts concrets au terme de la formation (méthodes de travail, acquis professionnels…) ?
Tout d’abord, l’intensité de travail de la formation demande organisation et rigueur, atouts pour diriger une structure culturelle. J’ai pu m’en rendre compte dès ma prise de poste dans mes fonctions actuelles de directeur délégué de l’Institut français de Madrid.
Ensuite, le transfert des acquis en situations réelles de travail rend la formation immédiatement opérationnelle. Les cours de comptabilité et de gestion financière par exemple m’ont permis d’avoir une compréhension immédiate dans la gestion de l’établissement que je dirige.
Enfin, la formation m’a permis d’acquérir des clés de compréhension indispensables en tant que directeur. Les cours de droit, en particulier, m’aident dans mon quotidien professionnel tant au niveau de la relation sociale, que des contrats, de la propriété intellectuelle ou de la protection sociale.
Pouvez-vous nous décrire brièvement le poste que vous occupez actuellement ?
J’ai été nommé directeur délégué de l’Institut français de Madrid par le ministère de l’Europe et des affaires étrangères avec une prise de poste au 1er septembre 2025. Sous l’autorité du conseiller de coopération et d’action culturel, directeur de l’Institut français d’Espagne, je pilote et gère l’antenne de l’Institut français d’Espagne à Madrid et met en œuvre les axes d’actions définis au plan national. Je dirige un établissement culturel de 75 ETP (dont 45 professeurs), avec un encadrement de la programmation culturelle, des activités des cours et examens, de la médiathèque et de l’ensemble des aspects budgétaires, RH et logistiques de l’établissement. L’établissement culturel possède notamment un théâtre de 250 places, un espace d’exposition, une salle de conférences, une médiathèque, une cafétéria avec patio, 33 salles de cours et de conférence.
Quelles sont les particularités de votre secteur d’activité ?
Le réseau des Instituts français à l’étranger est composé de 98 Instituts français (126 avec les antennes). Ces établissements relèvent du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Ils sont chargés de promouvoir le développement de l’enseignement et de l’usage de la langue française, la diffusion des cultures française et francophone, la promotion de la diversité et le dialogue entre les cultures. Ils ont un statut d’établissement à autonomie financière (EAF) : ils sont financés majoritairement par leurs recettes propres, levées notamment au titre de leur offre de cours de français et du mécénat. Ils sont aujourd’hui entrés dans une phase d’évolution afin de renouveler leurs publics, notamment auprès de la jeunesse.
Pourriez-vous donner 3 compétences nécessaires pour exercer votre métier ?
- Le management (le pilotage)
- La conduite et gestion de projets
- La gestion des ressources humaines
Pourquoi avez-vous choisi de travailler dans le secteur de la Culture ?
Dès le collège, je voulais devenir attaché culturel à l’étranger. J’ai toujours eu un fort intérêt pour les langues et les cultures, et une curiosité pour les arts sous toutes ses formes, probablement transmis par ma mère et mon grand-père maternel, tous deux artistes. Aujourd’hui, je trouve passionnant de diriger un établissement culturel à l’heure des transitions démocratiques, sociétales et écologiques que nous vivons.
Quel est votre regard sur le management dans la culture (évolution, impacts…) ?
Le secteur culturel est en tension : le modèle hérité des années Malraux doit évoluer dans un monde en transition. Le rôle du manager est central : il doit faire évoluer l’établissement culturel à la recherche d’un modèle économique équilibré et viable, ancré sur son territoire, engageant collaborateurs et communautés d’usagers à la vie et à la programmation de l’établissement.
Est-ce que les notions de réseau, coopération et de mutualisation font sens dans la Culture ?
Le schéma d’une politique unique de l’offre n’est plus. Les établissements culturels français à l’étranger doivent changer de logiciel : c’est une question de survie. Pour continuer à exister physiquement, il faut apprendre à faire ensemble, à faire réseau, à mutualiser les outils et les moyens, en créant des espaces de socialisation et en engageant les usagers, notamment les nouvelles générations dans la co-construction (programmation, espaces de création, incubation, résidence par exemple) : les établissements culturels doivent entrer dans une culture de la coopération à tous les niveaux.
Selon vous, quels sont les enjeux importants du secteur ?
Le premier enjeu est économique : faire évoluer son modèle économique vers une trajectoire plus entrepreneuriale, favoriser la diversification des ressources financières, l’expérimentation et l’innovation. Il est devenu essentiel de mener une vraie réflexion stratégique du modèle économique de l’établissement en fonction de son écosystème local (privatisation, mécénat, incubation, résidence etc.).
Le deuxième enjeu est d’entrer dans une culture de la coopération en créant des ponts avec le territoire, dans une logique d’hybridation de l’établissement, plus inclusive et investissant et intégrant des problématiques liées aux transitions démocratiques, sociétales et écologiques à son projet.
Le troisième enjeu est d’engager les usagers et publics du territoire en les faisant participer davantage dans la programmation et la gouvernance opérationnelle du lieu, dans le but de renouveler un public vieillissant.
Pourriez-vous donner des recommandations pour les personnes qui suivent le MOC (expériences du master, points de vigilance…) ?
Je pense important d’intégrer le master lorsque l’on a un projet ou une évolution professionnelle bien claire afin de maximiser l’input du master.
Je conseillerais de commencer les lectures du mémoire avant même le démarrage du master, en empruntant les lectures recommandées dans la présentation du master. Cela permet d’entrer dans le sujet et d’élargir ses connaissances sur l’ensemble des problématiques abordées dans le master.
Par ailleurs, pour ma part, j’avais pré-identifié mes combats : je savais d’entrée que je ne pouvais pas avoir le temps d’exceller dans toutes les matières. Aussi, je me suis concentré à faire le stricte nécessaire pour les matières qui allaient me demander le plus de travail afin de ne pas m’user, car le master c’est penser au “temps long”, notamment la période la plus intense entre janvier et mai.
Enfin, je pense au collectif de la promo : il est indispensable de travailler collectivement, notamment pour les travaux de groupe afin de s’enrichir et s’aider mutuellement. Tout le monde ne sera pas à 100% dans les travaux de groupe (c’est normal et humain) d’où la nécessité de prendre le lead à 2 ou 3 et avancer.
Le master étant “une épreuve” en soi, il est par ailleurs essentiel de :
- faire du sport ou du jardinage, ou toute autre activité physique, comme soupape afin d’évacuer le stress, la pression,
- manger le plus équilibré possible,
- sortir avec la promo de temps en temps en mode “teambuilding” ou “fête”,
- profiter de ses rares temps libres.